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Arts visuels

Valparaíso, capitale du street art : guide des murs à ciel ouvert

Des collines colorées du cerro Alegre au musée à ciel ouvert de Bellavista, Valparaíso a fait de ses murs une immense galerie. Guide pour lire la ville en couleurs.

Valparaíso, capitale du street art : guide des murs à ciel ouvert

Accrochée à ses collines face au Pacifique, Valparaíso se découvre en montant et en levant les yeux. Façades peintes, escaliers illustrés, fresques monumentales : le port chilien est devenu l’une des grandes scènes de l’art urbain en Amérique latine. Promenade dans une ville où chaque mur raconte quelque chose.

Une ville faite pour être peinte

Valparaíso ne ressemble à aucune autre ville chilienne. Grand port du Pacifique sud aux XIXe et XXe siècles, elle s’est bâtie sur une étroite bande côtière et une quarantaine de collines, les cerros, reliées par des escaliers, des passages et des funiculaires, les fameux ascensores. Cette architecture adaptée au relief a valu à son quartier historique d’être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2003.

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Cette topographie offre aux artistes un support exceptionnel : murs aveugles, maisons en tôle ondulée, marches d’escalier, palissades. Ici, la peinture ne se contente pas d’orner la ville, elle épouse ses pentes. Et la lumière marine, changeante selon les heures, fait vivre les couleurs d’une manière que les visiteurs remarquent immédiatement.

Des brigades murales au graffiti contemporain

L’art mural a au Chili une histoire politique forte. À la fin des années 1960 et sous le gouvernement de Salvador Allende, des collectifs comme la Brigada Ramona Parra couvrent les murs du pays de fresques militantes au style reconnaissable : aplats vifs, contours noirs épais, figures simplifiées. Après le coup d’État de 1973, ces images sont effacées, et peindre dans la rue devient un acte risqué.

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Avec le retour de la démocratie, les murs reprennent la parole. Les générations suivantes héritent de cette tradition tout en s’ouvrant au graffiti venu d’Amérique du Nord et d’Europe, au lettrage, au pochoir et au muralisme contemporain. À Valparaíso, ces langages cohabitent sans hiérarchie : une fresque soignée peut voisiner avec un tag, une commande de propriétaire avec une intervention spontanée.

Le phénomène a pris une ampleur considérable. Une dépêche de l’AFP publiée en 2019 évoquait près de 1 400 fresques et graffitis recensés dans la ville, devenus en quelques années l’un de ses principaux attraits touristiques.

Cerro Alegre et cerro Concepción, le cœur battant

Pour une première découverte, les collines voisines d’Alegre et de Concepción sont le point de départ naturel. Situées au cœur du périmètre classé, accessibles à pied depuis le centre ou par ascenseur, elles concentrent une densité impressionnante de façades peintes.

On y flâne de ruelle en ruelle, en se laissant guider par les couleurs. Les paseos, ces promenades-belvédères qui dominent la baie, font partie de l’expérience : le Paseo Gervasoni, le Paseo Yugoslavo ou le Paseo Atkinson offrent à la fois des vues sur le port et des murs remarquables à proximité.

Il faut accepter ici une règle du jeu : le street art est un art éphémère. Les œuvres sont repeintes, recouvertes, abîmées par le climat ou remplacées par de nouvelles. Ce que l’on voit lors d’une visite ne sera pas forcément là la suivante, et c’est aussi ce qui fait le charme de ces quartiers.

Le Museo a Cielo Abierto, une galerie sur le cerro Bellavista

Plus à l’est, le cerro Bellavista abrite une étape incontournable pour comprendre l’histoire de la peinture murale à Valparaíso : le Museo a Cielo Abierto, ou musée à ciel ouvert. Il réunit une vingtaine de fresques, accompagnées d’une mosaïque, peintes sur les murs et façades du quartier.

Une idée née en 1969

Son origine remonte à 1969, quand des étudiants de l’Institut d’art de l’Universidad Católica de Valparaíso, emmenés par le peintre, architecte et professeur Francisco Méndez Labbé, commencent à peindre de grandes fresques dans la ville. Le coup d’État de 1973 interrompt le projet. Il ne se concrétise qu’au début des années 1990, grâce à un accord entre l’université et la municipalité, et le musée est inauguré en 1992.

Les grands noms de l’art chilien

La particularité du lieu tient à la signature de ses fresques : ce sont des artistes reconnus de la peinture chilienne du XXe siècle qui y ont travaillé. On y trouve notamment une œuvre de Roberto Matta, ainsi que des murs de José Balmes, Gracia Barrios, Mario Toral, Roser Bru, Mario Carreño ou Matilde Pérez, figure de l’art cinétique.

Exposées aux intempéries comme au vandalisme, ces fresques ont souffert. En 2022, l’auteure d’un ouvrage consacré au musée, Magdalena Dardel, jugeait l’ensemble en total abandon. La visite reste passionnante, mais elle se fait aussi en témoin d’un patrimoine fragile.

À voir en chemin. Sur les hauteurs du cerro Bellavista se trouve La Sebastiana, l’une des trois maisons de Pablo Neruda, aujourd’hui maison-musée. L’ascenseur Espíritu Santo, mis en service en 1911, dessert la colline, mais il a connu de longues périodes de fermeture : renseignez-vous sur place avant de compter dessus. Pour les horaires et conditions de visite de La Sebastiana, consultez le site de la Fundación Pablo Neruda.

Bien visiter les murs de Valparaíso

Quelques conseils pour profiter pleinement de la ville en couleurs :

  • Prendre son temps. Les collines se parcourent à pied, avec des montées raides. De bonnes chaussures et une demi-journée par secteur ne sont pas de trop.
  • Suivre une visite guidée. Plusieurs guides et collectifs proposent des parcours consacrés au street art. Ils permettent de connaître les artistes, les techniques et les histoires derrière les fresques.
  • Respecter les habitants. Les murs peints sont avant tout des maisons. On photographie depuis la rue, sans entrer dans les cours ni gêner les riverains.
  • Rester attentif. Comme dans toute grande ville portuaire, mieux vaut garder un œil sur ses affaires et éviter de s’éloigner seul des secteurs fréquentés à la nuit tombée.

Une ville qui se repeint sans cesse

Valparaíso n’est pas un musée figé. Ses murs témoignent des luttes politiques du XXe siècle, de l’énergie des artistes d’aujourd’hui et d’une manière très particulière d’habiter la pente. Venir y chercher le street art, c’est accepter de se perdre, de revenir sur ses pas, de découvrir une fresque au détour d’un escalier puis de la retrouver transformée quelques années plus tard.

C’est sans doute la plus belle leçon de la ville : ici, l’art n’est pas accroché aux murs, il en est la peau, et cette peau ne cesse de changer.

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