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Arts visuels

Claudio Bravo, maître de l’hyperréalisme entre Santiago et Tanger

Paquets ficelés, drapés, portraits mondains : de Valparaíso au Maroc, Claudio Bravo a fait de la précision picturale une forme de méditation. Portrait d'un virtuose.

Claudio Bravo, maître de l'hyperréalisme entre Santiago et Tanger

Il peignait des paquets de papier comme d’autres peignent des saints. Né à Valparaíso en 1936, formé à Santiago, passé par Madrid et New York avant de s’établir au Maroc, Claudio Bravo a construit une œuvre d’une précision vertigineuse, souvent rangée du côté de l’hyperréalisme. Sous la virtuosité, pourtant, affleure une méditation sur le silence des choses.

Un apprentissage chilien

Claudio Bravo naît le 8 novembre 1936 à Valparaíso. Enfant, il manifeste très tôt un don pour le dessin. Vers l’âge de onze ans, il commence à fréquenter l’atelier du peintre Miguel Venegas Cifuentes à Santiago, où il restera jusqu’à vingt ans environ. Ce sera, selon ses biographes, sa seule formation artistique véritable : le reste, il l’apprendra seul, au contact des œuvres.

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Le talent est précoce. En 1954, à dix-sept ans seulement, il présente sa première exposition au Salón 13, à Santiago. Le jeune homme s’y fait déjà remarquer pour la sûreté de son trait et sa capacité à rendre les matières avec une exactitude troublante.

Madrid, le portraitiste de la bonne société

Au début des années 1960, Bravo s’installe en Espagne. À Madrid, il devient rapidement un portraitiste recherché par la haute société, qui apprécie son métier classique et sa capacité à flatter sans trahir. Ces commandes lui assurent une indépendance financière, mais il ne s’en contente pas.

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En 1968, il passe environ six mois aux Philippines, où il peint notamment le président Ferdinand Marcos et son épouse Imelda, ainsi que d’autres figures de l’élite de Manille. Il y expose plus de cinquante œuvres à la Luz Gallery. Le portrait mondain lui ouvre des portes, mais c’est ailleurs que se joue son œuvre personnelle.

Les paquets, ou l’art du presque rien

L’idée de sa série la plus célèbre lui serait venue d’une scène domestique : des paquets laissés par ses sœurs sur une table. Bravo se met à peindre ces objets banals, papier kraft, ficelle, emballages froissés ou soigneusement pliés, avec une minutie qui les transforme en présences presque monumentales. Dès 1963, sa première exposition espagnole, à la Galería Fortuny de Madrid, inclut plusieurs de ces tableaux.

Ces paquetes occupent une place à part. Ils ne montrent rien d’autre que leur enveloppe : on ignore ce qu’ils contiennent, et c’est justement ce mystère qui fascine. Le spectateur, d’abord saisi par l’illusion, finit par regarder ces surfaces comme des abstractions. Les plis du papier évoquent les drapés de la peinture ancienne, la lumière rasante rappelle Zurbarán ou les natures mortes espagnoles du Siècle d’or.

Deux jalons de la série

  • Homage to St. Theresa (1969), dont le titre fait du simple emballage un objet de dévotion, en hommage à la mystique d’Ávila.
  • White and Yellow Package (2005), qui montre que le thème l’a accompagné jusqu’à la fin de sa carrière.

Si on le classe volontiers parmi les hyperréalistes, Bravo se distingue de ses contemporains américains, qui peignaient voitures, vitrines et néons d’après photographie. Son regard se tourne plutôt vers les maîtres anciens, et ses sujets restent intemporels : étoffes, fruits, objets du quotidien, figures humaines.

New York, puis le Maroc

En 1969, Bravo part pour New York. Dès l’année suivante, il expose à la Staempfli Gallery, et le public américain découvre la puissance de sa peinture. Mais la ville ne le retient pas longtemps.

En 1972, il s’installe à Tanger, au Maroc, où il achète une demeure du XIXe siècle. Le pays deviendra son port d’attache pour le reste de sa vie. Il y trouve la lumière, le calme, et une distance avec les modes du marché de l’art. Il dispose ensuite d’une maison d’hiver à Marrakech, puis d’une troisième résidence au nord de Taroudant, dans le sud du pays.

Au Maroc, sa palette s’enrichit. Aux paquets et aux drapés s’ajoutent des natures mortes, des intérieurs, des portraits de jeunes Marocains et des scènes empruntant parfois à la mythologie ou à la peinture religieuse, toujours traitées avec la même rigueur. Ses grands pastels, technique dans laquelle il excellait, lui valent en 1996 d’entrer au Hall of Fame de la Pastel Society of America.

Repères. 1936 : naissance à Valparaíso. 1954 : première exposition, au Salón 13 de Santiago. 1963 : premiers paquets exposés à la Galería Fortuny, Madrid. 1969 : installation à New York. 1972 : départ pour Tanger. 2000 : Grand-croix de l’ordre d’Alphonse X le Sage, décernée par l’Espagne. 2011 : mort à Taroudant, le 4 juin.

Un palais devenu musée

Claudio Bravo meurt le 4 juin 2011 dans sa maison de Taroudant, des suites d’une crise cardiaque. Cette dernière demeure, vaste domaine entouré de jardins, est aujourd’hui connue sous le nom de Palais Claudio Bravo. Elle se visite, et accueille aussi des hôtes.

On y découvre des œuvres du peintre accrochées dans les salles, mais aussi les collections qu’il avait réunies au fil des années : antiquités de diverses origines, céramiques marocaines, mobilier. C’est un lieu rare pour comprendre l’univers d’un artiste qui avait fait de sa maison une œuvre à part entière. Les conditions de visite pouvant évoluer, mieux vaut se renseigner et réserver à l’avance.

Où voir ses tableaux

Les œuvres de Bravo figurent dans de nombreuses collections publiques. Aux États-Unis, on en trouve au Metropolitan Museum of Art et au Museum of Modern Art de New York, au Museum of Fine Arts de Boston, au Philadelphia Museum of Art ou encore au Baltimore Museum of Art. En Europe, le Museum Ludwig de Cologne en conserve également, tout comme le Museo Rufino Tamayo à Mexico.

Au Chili, le Museo Nacional de Bellas Artes de Santiago possède des œuvres du peintre : une bonne raison de vérifier l’accrochage du moment avant une visite.

Devant un paquet de Claudio Bravo, l’expérience est toujours la même : on s’approche pour comprendre le tour de force, puis on recule, et l’objet anodin devient énigme. Ce Chilien du bout du monde, parti peindre la lumière du Maroc, a montré qu’une ficelle et une feuille de papier pouvaient suffire à faire tenir tout un monde.

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