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Santiago a Mil, le grand festival de théâtre qui fait vibrer Santiago

Chaque mois de janvier, Santiago a Mil investit salles et rues de la capitale chilienne. Retour sur un festival né après la dictature et devenu incontournable.

Santiago a Mil, le grand festival de théâtre qui fait vibrer Santiago

Chaque mois de janvier, en plein été austral, Santiago change de visage. Des marionnettes géantes déambulent sur l’Alameda, des troupes venues des cinq continents remplissent les salles et des spectacles gratuits surgissent sur les places de quartiers populaires. Derrière cette effervescence, un nom : Santiago a Mil, le plus important festival des arts de la scène du Chili et l’un des grands rendez-vous théâtraux d’Amérique latine.

Une idée née au sortir de la dictature

Le festival voit le jour au milieu des années 1990, dans un Chili qui sort à peine de dix-sept années de régime militaire. Sous la dictature, la culture était regardée avec méfiance, et le théâtre indépendant avait survécu dans des conditions précaires. Une poignée de femmes et d’hommes de théâtre décident alors de créer un espace qui permette aux compagnies chiliennes de montrer leur travail au plus grand nombre.

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Le projet est porté par Carmen Romero, qui en deviendra la directrice emblématique, et Evelyn Campbell, avec la participation de l’acteur Francisco Reyes. Il bénéficie du soutien de créateurs qui comptent parmi les figures majeures de la scène chilienne de l’époque : le metteur en scène Alfredo Castro, Juan Carlos Zagal, cofondateur de la compagnie La Troppa, et Mauricio Celedón, fondateur du Teatro del Silencio. Le festival célèbre son quart de siècle en 2018, preuve d’une longévité rare pour une initiative née hors des institutions.

De Teatro a Mil à Santiago a Mil

D’abord appelé Teatro a Mil et centré sur les créations chiliennes, le festival s’ouvre progressivement aux compagnies étrangères, invitées dès ses premières années. Le Centro Cultural Estación Mapocho, ancienne gare reconvertie en lieu culturel au bord du fleuve Mapocho, en est l’un des premiers foyers.

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Au fil du temps, l’événement s’élargit à la danse, à la musique, au cirque et aux arts de la rue. Pour traduire cette ouverture et affirmer son ancrage dans la capitale, il prend le nom de Festival Internacional Santiago a Mil au milieu des années 2000. L’organisation est désormais assurée par la Fundación Teatro a Mil, une structure à but non lucratif qui mène aussi des activités tout au long de l’année.

Le théâtre dans la rue et pour tous

La signature de Santiago a Mil, c’est sa volonté de sortir le théâtre des salles. À côté de la programmation payante, le festival propose chaque année de nombreux spectacles gratuits dans l’espace public, dans le centre comme dans les communes périphériques de l’agglomération et dans d’autres villes du pays. L’idée est simple : aller chercher le public là où il vit, y compris celui qui n’a jamais franchi la porte d’un théâtre.

Les Santiaguinos gardent un souvenir ému des géants de la compagnie française Royal de Luxe. Leur Petite Géante est venue une première fois en 2007, déclenchant une marée humaine dans les rues. Elle est revenue en janvier 2010 pour la clôture du festival, accompagnée de son oncle le Scaphandrier, une figure de bois d’une dizaine de mètres. Pendant plusieurs jours, les deux personnages ont parcouru la ville, du parc O’Higgins au Paseo Bulnes, jusqu’à une ultime marche sur l’Alameda devant le palais de La Moneda. Ces images sont devenues l’un des symboles du festival.

À retenir : Santiago a Mil se tient chaque année en janvier, pendant les vacances d’été chiliennes. La programmation mêle grandes salles, lieux alternatifs et spectacles gratuits en plein air.

Une vitrine internationale pour la scène chilienne

Au-delà de la fête, Santiago a Mil joue un rôle stratégique pour le théâtre chilien. Le festival a créé Platea, une plateforme professionnelle qui réunit programmateurs et directeurs de festivals étrangers venus repérer les créations chiliennes. De nombreuses compagnies du pays ont ainsi pu tourner en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie après avoir été vues à Santiago.

La fondation a également noué des collaborations de prestige. Avec le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, elle a accueilli l’École nomade, un atelier de formation itinérant destiné aux artistes. Elle a aussi présenté des spectacles du Shakespeare’s Globe de Londres, notamment à l’occasion du 450e anniversaire de la naissance de Shakespeare, et organisé des événements à l’étranger pour faire connaître la création chilienne.

Le festival a par ailleurs développé des programmes éducatifs, avec des actions de théâtre en milieu scolaire, et une saison de spectacles hors festival qui prolonge son activité dans l’année.

Un festival traversé par l’histoire du pays

Santiago a Mil n’a jamais été coupé de l’actualité chilienne. L’édition de janvier 2020 s’est ainsi tenue quelques semaines après le début de l’estallido social, le vaste mouvement de protestation qui a secoué le pays à partir d’octobre 2019. Les spectacles se sont alors joués dans une ville marquée par les manifestations, et plusieurs créations faisaient écho aux revendications sociales.

Comme tous les grands événements culturels, le festival a aussi dû composer avec la pandémie de Covid-19, en adaptant ses formats et en développant une offre en ligne. Plus récemment, la fondation a dû répondre publiquement à des questions sur le financement de spectacles passés, qu’elle a contestées. Ces débats témoignent de la place qu’occupe désormais le festival dans la vie publique chilienne.

Comment en profiter

Pour le visiteur francophone de passage à Santiago en janvier, le festival est une porte d’entrée idéale vers la culture chilienne contemporaine. Quelques conseils pratiques :

  • Consulter la programmation en amont sur le site officiel de la Fundación Teatro a Mil, qui publie le programme quelques semaines avant l’ouverture.
  • Repérer les spectacles de rue gratuits, souvent les plus mémorables, et arriver tôt car l’affluence peut être considérable.
  • Tenter une création chilienne plutôt qu’une tournée internationale déjà vue en Europe : c’est là que le festival révèle sa singularité.
  • Explorer les lieux culturels qui accueillent la programmation, comme le Centro Cultural Gabriela Mistral (GAM) ou l’Estación Mapocho.

Trois décennies après sa création, Santiago a Mil reste fidèle à son intuition de départ : le théâtre est un bien commun, et une ville entière peut devenir sa scène.

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