Le Museo Chileno de Arte Precolombino, voyage dans les Amériques anciennes
Dans un palais colonial du centre de Santiago, le musée d'art précolombien fait traverser des millénaires d'Amériques, du Mexique aux Andes et jusqu'au Chili.
À deux pas de la Plaza de Armas, derrière la façade sobre d’un palais du début du XIXe siècle, le Museo Chileno de Arte Precolombino offre l’un des plus beaux voyages qui soient dans les Amériques d’avant la conquête. Céramiques, textiles, ors et pierres sculptées y racontent des milliers d’années de création, du Mexique jusqu’à l’extrême sud du continent.
Une collection devenue musée
Le musée est né de la passion d’un homme, l’architecte et collectionneur chilien Sergio Larraín García-Moreno, qui a réuni pendant près de cinquante ans des pièces d’art précolombien. Dans les années 1970, il cherche une institution capable de conserver durablement sa collection. La municipalité de Santiago répond à l’appel et propose un bâtiment. Une fondation familiale, la Fundación Familia Larrain Echenique, est créée pour porter le projet, et le musée ouvre ses portes en décembre 1981.
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Son fonctionnement associe aujourd’hui des fonds publics et privés, avec le soutien de la municipalité et du ministère chilien des Cultures. Depuis l’origine, la collection s’est considérablement enrichie, par dons et acquisitions, et le musée s’est affirmé comme un centre de recherche et de diffusion de premier plan sur les cultures anciennes du continent.
Le palais de la Real Aduana
Le musée occupe le Palacio de la Real Aduana, l’ancienne douane royale, construite entre 1805 et 1807 à la fin de l’époque coloniale. Ce bâtiment classé monument national, organisé autour de patios, donne au musée une atmosphère paisible, loin de l’agitation du centre historique tout proche.
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Comment agrandir un tel édifice sans le dénaturer ? La réponse est venue du sous-sol. Le musée a fermé pendant environ deux ans pour des travaux d’extension conçus par l’architecte chilien Smiljan Radić. Plutôt que d’ajouter un volume visible, il a creusé sous le bâtiment existant, créant de nouvelles salles d’exposition, des réserves, des laboratoires de conservation et des espaces d’accueil. Le musée a rouvert en janvier 2014, avec une surface considérablement accrue. La muséographie a été confiée à Geoff Pickup, designer en chef du British Museum.
L’Amérique précolombienne en quatre grandes aires
L’exposition permanente consacrée aux Amériques est organisée par « aires culturelles » : chaque salle réunit des œuvres de cultures différentes ayant partagé un même cadre géographique. Ce choix, plutôt qu’une chronologie stricte, permet de saisir les échanges, les continuités et les différences entre peuples voisins.
- La Mésoamérique, qui couvre une partie du Mexique et de l’Amérique centrale actuels. On y croise notamment une statue de Xipe Totec, un encensoir de Teotihuacan et un relief maya.
- L’aire intermédiaire, entre Amérique centrale et nord des Andes, avec des céramiques de la culture Valdivia, en Équateur, des figurines de la culture Capulí représentant des personnages chiquant la coca et de remarquables pièces d’orfèvrerie.
- Les Andes centrales, terre des Moche et des Inca, notamment, d’où provient l’un des trésors du musée : un textile peint de la culture Chavín, vieux d’environ trois millénaires.
- Les Andes du Sud, qui englobent le nord du Chili et le nord-ouest de l’Argentine, avec des urnes de la culture Aguada, des plateaux à priser de San Pedro de Atacama et un quipu inca, ce système de cordelettes nouées qui servait à enregistrer l’information.
Le musée accorde aussi une place particulière aux textiles andins, l’une des grandes expressions artistiques du continent, présentés dans un espace dédié.
Un conseil de visite : ne cherchez pas à tout voir. Choisissez une aire culturelle, attardez-vous sur quelques pièces, lisez les cartels. Le musée se prête mieux à une contemplation lente qu’à un parcours au pas de course.
Chile antes de Chile
La grande nouveauté de l’extension est une salle souterraine, aux volumes spectaculaires, consacrée à l’histoire du territoire chilien avant la colonisation : Chile antes de Chile. Plus de 400 pièces y retracent la longue histoire des peuples qui l’ont habité, des premiers groupes de pêcheurs du littoral jusqu’aux peuples autochtones d’aujourd’hui.
On y découvre notamment la culture Chinchorro, sur la côte de l’actuelle région d’Arica, célèbre pour ses pratiques de momification artificielle, parmi les plus anciennes connues au monde. Les cultures diaguita, avec leurs céramiques aux décors géométriques, l’empreinte inca dans le nord et le centre du pays, ou encore les traditions mapuche et des peuples du sud complètent ce panorama.
Le grand mérite de cette salle est de rappeler une évidence trop souvent oubliée : l’histoire du Chili ne commence pas en 1541, avec la fondation de Santiago par Pedro de Valdivia. Elle s’étend sur des millénaires, et elle se prolonge dans les communautés autochtones contemporaines, qui ne sont pas des vestiges du passé mais des peuples vivants.
Regarder les objets autrement
La collection a été constituée à l’origine selon des critères esthétiques, plus que pour documenter des contextes archéologiques précis. Le musée l’assume dans son nom même : c’est un musée d’art. Il invite à regarder une urne funéraire, une figurine ou un tissu comme on regarderait une sculpture ou une peinture, en prêtant attention aux formes, aux couleurs, aux choix des artistes anonymes qui les ont créés.
Mais ces objets avaient d’abord des fonctions : rituelles, funéraires, politiques, quotidiennes. Les textes de salle et les publications du musée s’attachent à restituer ces usages. Le musée a d’ailleurs développé une importante activité éditoriale et pédagogique, avec des ressources en ligne gratuites qui permettent de prolonger la visite, ou de la préparer.
Préparer sa visite
Le musée se trouve rue Bandera, dans le centre historique de Santiago, à quelques minutes à pied de la station de métro Plaza de Armas. La visite se combine idéalement avec celle de la place elle-même, de la cathédrale, du Musée historique national ou du Centro Cultural La Moneda, tous proches.
Comptez au moins deux heures pour les salles permanentes, davantage si une exposition temporaire est en cours. Pour les horaires, les tarifs et les jours de gratuité éventuels, reportez-vous au site officiel du musée, precolombino.cl.
On ressort de ce palais colonial avec une autre carte en tête : celle d’un continent dont les civilisations ont dialogué pendant des millénaires, et dont le Chili, longtemps regardé comme une périphérie, apparaît pleinement comme l’un des foyers.