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Patrimoine

Pomaire et Quinchamalí, deux villages de céramistes au cœur du Chili

Terre rouge de Pomaire, terre noire de Quinchamalí : deux villages, deux traditions de poterie chilienne, l'une très fréquentée, l'autre protégée par l'UNESCO.

Pomaire et Quinchamalí, deux villages de céramistes au cœur du Chili

Au Chili, on dit greda pour parler de l’argile. Deux villages en ont fait leur identité : Pomaire, près de Santiago, avec ses poteries rouges et son célèbre petit cochon à trois pattes, et Quinchamalí, dans la région de Ñuble, dont la céramique noire incisée de blanc est aujourd’hui inscrite par l’UNESCO parmi les patrimoines en danger.

La greda, une histoire ancienne

La poterie est l’un des plus anciens savoir-faire du territoire chilien, bien antérieur à l’arrivée des Espagnols. Dans la vallée centrale, des communautés ont perpétué ce travail de la terre au fil des siècles, en l’adaptant aux usages de la cuisine paysanne : marmites, cruches, plats à cuire au four.

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Pomaire et Quinchamalí incarnent deux visages de cette tradition. Le premier s’est ouvert au tourisme et au commerce, au point de devenir une sortie dominicale classique pour les Santiaguinos. Le second, plus discret, a conservé des gestes presque inchangés depuis plus d’un siècle, transmis de mère en fille. Les comparer, c’est comprendre comment un artisanat vit, évolue ou se fragilise.

Pomaire, la terre rouge

Pomaire se trouve dans la commune de Melipilla, dans la Région métropolitaine, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Santiago. Le village doit sa vocation à la présence, tout près, de bons gisements d’argile. Ses habitants vivent en grande partie de la poterie et de sa vente : les rues sont bordées d’ateliers et d’échoppes où s’empilent pièces utilitaires et décoratives.

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La céramique de Pomaire se reconnaît à sa couleur rouge et à sa surface brillante. Au fil du XXe siècle, la production s’est transformée : le tour de potier s’est généralisé, les fours à bois ont remplacé la cuisson en meule, et les ateliers ont ajouté aux marmites et cruches traditionnelles des miniatures et des figures animales. Ses poteries bénéficient d’une dénomination d’origine reconnue par l’Institut national de la propriété intellectuelle (INAPI).

Le chanchito de tres patas

La pièce la plus emblématique est le chanchito, petit cochon tirelire à trois pattes, porte-bonheur que l’on offre volontiers. Plusieurs légendes en expliquent la forme ; la plus répandue raconte qu’un porcelet né avec trois pattes, dont personne ne voulait, aurait déterré un trésor en fouillant la terre. Le chanchito existe aussi à Quinchamalí, en version noire : en 2023, Google a d’ailleurs consacré son doodle des fêtes nationales chiliennes aux petits cochons des deux villages.

À Pomaire, on vient aussi pour la table. Les plats en terre, notamment les pailas dans lesquelles on sert le pastel de choclo, gratin de maïs typique, sont indissociables de la cuisine chilienne, et les restaurants du village servent volontiers grandes empanadas et plats traditionnels.

Quinchamalí, la terre noire

Changement de décor à quelque 400 kilomètres au sud de Santiago. Quinchamalí est un village de la commune de Chillán, dans la région de Ñuble. Avec le hameau voisin de Santa Cruz de Cuca, il perpétue une poterie très singulière : des pièces d’un noir profond, polies jusqu’à devenir luisantes, ornées de motifs incisés et rehaussés de blanc.

Le procédé, hérité selon le dossier présenté à l’UNESCO de l’époque préhispanique, est entièrement manuel. Les potières modèlent la pièce sans tour, la lissent puis la polissent longuement à l’aide de pierres. Elles gravent ensuite le décor, feuilles, fleurs, motifs géométriques, à l’aiguille, et le remplissent d’une terre blanche. La couleur noire vient d’une cuisson particulière, que les potières maîtrisent avec précision. Le savoir se transmet principalement par les femmes, de génération en génération.

La guitarrera et les autres

Aux pièces utilitaires s’ajoutent, depuis le XXe siècle, des figures : animaux, cavaliers, personnages de la vie rurale. La plus célèbre est la guitarrera, femme au corps rond jouant de la guitare, devenue un symbole de l’artisanat chilien. On en trouve des exemplaires anciens dans les collections du Musée historique national.

En novembre 2022, réuni à Rabat, le Comité du patrimoine immatériel de l’UNESCO a inscrit la poterie de Quinchamalí et Santa Cruz de Cuca sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Une reconnaissance, mais aussi un signal d’alarme.

Un savoir menacé, des réponses en cours

Pourquoi parler d’urgence ? Les potières de Quinchamalí dépendent de ressources naturelles précises : l’argile, les pierres à polir, la bouse et une terre appelée colo, entre autres. Leur accès devient plus difficile, notamment, selon les artisans eux-mêmes, sous l’effet du changement climatique. Se pose aussi la question de la relève, dans un métier exigeant dont il est difficile de vivre.

L’inscription s’accompagne d’engagements de l’État chilien pour garantir cet accès aux matières premières et soutenir la transmission. En 2025, le ministère des Cultures a publié un ouvrage, Raíces de la Greda Negra, qui rassemble l’histoire de cette tradition, les témoignages de ses praticiennes et la description de la préparation de l’argile.

Pomaire, de son côté, fait face à un autre défi : la protection de son image. En 2024, la municipalité de Melipilla a publiquement dénoncé une enseigne de décoration qui vendait un pot reprenant les traits du chanchito, y voyant une appropriation culturelle. Le débat montre combien ces formes populaires sont devenues des marqueurs d’identité.

Visiter et acheter avec discernement

Pomaire se visite facilement à la journée depuis Santiago. Mieux vaut éviter les heures les plus chargées du week-end si l’on veut prendre le temps d’observer un potier au tour. Quinchamalí se combine plutôt avec un séjour à Chillán, dont le marché est réputé pour son artisanat.

Quelques réflexes simples :

  • acheter directement dans les ateliers ou auprès d’organisations d’artisans, qui garantissent l’origine des pièces ;
  • demander le nom de la potière ou du potier, et sa communauté ;
  • se renseigner sur l’usage : une pièce décorative n’est pas forcément faite pour aller au four ;
  • prévoir un emballage solide pour le voyage, la céramique noire polie restant fragile.

Pour les jours de marché, les ateliers ouverts ou les fêtes locales, consultez les sites des municipalités de Melipilla et de Chillán, ainsi que celui de la Fondation Artesanías de Chile.

Deux terres, une même patience

Rouge et brillante à Pomaire, noire et ciselée à Quinchamalí, la greda raconte deux trajectoires d’un même héritage. L’une a trouvé son public au point de devenir un emblème national ; l’autre rappelle que la survie d’un savoir tient à des choses très concrètes, une carrière d’argile, une pierre à polir, une jeune femme qui choisit d’apprendre. Rapporter un petit cochon de terre dans sa valise, c’est aussi, à sa mesure, faire vivre cette chaîne.

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