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Pablo Neruda et ses trois maisons, Isla Negra, La Chascona, La Sebastiana

Isla Negra face au Pacifique, La Chascona à Santiago, La Sebastiana à Valparaíso : visite des trois maisons où Pablo Neruda a mis en scène sa poésie et sa vie.

Pablo Neruda et ses trois maisons, Isla Negra, La Chascona, La Sebastiana

Pablo Neruda ne se contentait pas d’habiter ses maisons : il les inventait, les agrandissait, les remplissait d’objets glanés aux quatre coins du monde. Trois d’entre elles, aujourd’hui gérées par la Fondation Pablo Neruda et ouvertes au public, forment un triangle célèbre au centre du Chili. Les visiter, c’est entrer dans l’imaginaire du prix Nobel de littérature 1971.

Un poète collectionneur et bâtisseur

Né Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto le 12 juillet 1904 à Parral, Pablo Neruda a beaucoup voyagé, comme consul en Asie et en Europe, puis comme exilé politique. De ces déplacements, il a rapporté une passion pour les objets : coquillages, bouteilles colorées, cartes anciennes, figures de proue, masques, instruments de navigation. Il disait volontiers qu’il aimait la mer sans être un marin, et ses maisons en témoignent : escaliers étroits, hublots, planchers qui évoquent un pont de navire.

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Chacune des trois demeures possède sa personnalité. Isla Negra est le refuge face à l’océan, La Chascona la maison urbaine et amoureuse, La Sebastiana le belvédère suspendu au-dessus de la baie de Valparaíso.

Isla Negra, la maison face au Pacifique

C’est la plus ancienne et la plus aimée. En 1939, Neruda, rentré d’Europe et à la recherche d’un lieu pour travailler à ce qui deviendra le Canto general, achète une petite maison de pierre sur la côte, au sud de Valparaíso, à un Espagnol nommé Eladio Sobrino. Le lieu s’appelle alors Las Gaviotas ; le poète le rebaptise Isla Negra, en référence aux rochers sombres du rivage, bien qu’il ne s’agisse pas d’une île.

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Au fil des décennies, il agrandit la maison en une enfilade de pièces qui s’étirent le long de la côte. On y découvre notamment :

  • une importante collection de figures de proue, ces sculptures de bois qui ornaient l’avant des voiliers, que Neruda chérissait au point de leur donner des prénoms ;
  • des collections de bouteilles, de coquillages et de maquettes de bateaux ;
  • de grandes baies vitrées ouvertes sur un océan omniprésent.

Neruda et Matilde Urrutia, sa dernière épouse, reposent dans le jardin, face à la mer, conformément au souhait exprimé par le poète dans le Canto general. Ils y ont été inhumés en 1992, après le retour de la démocratie.

La Chascona, la maison secrète de Santiago

Au début des années 1950, Neruda vit encore avec la peintre argentine Delia del Carril, mais entretient une relation cachée avec la chanteuse chilienne Matilde Urrutia. En 1953, il acquiert un terrain en pente au pied du cerro San Cristóbal, dans l’actuel quartier de Bellavista, et y fait construire une maison pour elle. Le nom, La Chascona, est un mot chilien désignant une chevelure ébouriffée, clin d’œil aux boucles rousses de Matilde.

La maison, organisée en plusieurs corps de bâtiments reliés par des escaliers et des jardins, abrite un portrait de Matilde par le peintre mexicain Diego Rivera. La toile la représente avec deux visages, et un profil de Neruda se dissimule dans sa chevelure, allusion à la clandestinité des débuts.

Après le coup d’État du 11 septembre 1973, La Chascona est saccagée et inondée. Neruda meurt le 23 septembre à Santiago, et Matilde Urrutia choisit de le veiller au milieu des décombres. Le cortège funèbre qui part de la maison devient l’une des premières manifestations publiques contre la dictature.

Matilde y vécut ensuite jusqu’à sa mort en 1985 et contribua à restaurer les lieux. La Chascona accueille aujourd’hui le siège de la Fondation Pablo Neruda.

La Sebastiana, le belvédère de Valparaíso

À la fin des années 1950, Neruda cherche un lieu à Valparaíso, ville portuaire qu’il affectionne pour ses collines, ses escaliers et ses funiculaires. Des amis lui signalent une construction inachevée sur le cerro Florida, conçue par un Espagnol, Sebastián Collado, mort en 1949. Neruda la fait terminer et la partage avec deux amis, se réservant les étages supérieurs. Il la baptise La Sebastiana en hommage à son premier bâtisseur et l’inaugure le 18 septembre 1961, jour de la fête nationale chilienne.

Étroite et haute, la maison se visite de bas en haut, chaque étage offrant une vue plus large sur la baie. Les salons colorés, les objets insolites et le bureau perché au sommet donnent l’impression de se trouver dans une vigie. C’est sans doute la plus théâtrale des trois.

Comment aborder la visite des trois maisons

Les trois maisons sont devenues des maisons-musées gérées par la Fondation Pablo Neruda, créée selon la volonté de Matilde Urrutia. Quelques repères pour organiser son parcours :

  1. La Chascona se visite facilement lors d’un séjour à Santiago, en combinant la promenade avec le quartier bohème de Bellavista et la montée au cerro San Cristóbal.
  2. La Sebastiana s’intègre naturellement à une journée à Valparaíso, dont le centre historique est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
  3. Isla Negra, sur la côte dite « des poètes », demande un trajet dédié depuis Santiago ou Valparaíso, mais c’est souvent la visite la plus émouvante.

Les visites se font en général avec un audioguide, disponible en plusieurs langues. Les conditions d’accès évoluent : mieux vaut consulter le site de la fondation avant de partir.

Trois maisons, un seul autoportrait

Au-delà de l’anecdote, ces maisons prolongent l’œuvre. On y retrouve l’amour des choses concrètes qui irrigue les Odas elementales, la présence obsédante de la mer, le goût du jeu et du déguisement. Neruda y recevait ses amis, y écrivait, y mettait en scène sa vie avec un sens aigu du décor. Les parcourir, c’est mesurer combien, chez lui, la poésie ne se séparait jamais de la manière d’habiter le monde.

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