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San Pedro de Atacama : désert, pétroglyphes et culture atacameña

Église de cardón, village de Tulor, forteresse de Quitor, pétroglyphes et géoglyphes : San Pedro de Atacama raconte des millénaires de vie au cœur du désert.

San Pedro de Atacama : désert, pétroglyphes et culture atacameña

À quelque 2 400 mètres d’altitude, au bord du salar d’Atacama, San Pedro est souvent réduit à une base arrière pour excursions spectaculaires. C’est oublier qu’il s’agit d’abord d’une oasis habitée depuis des millénaires, berceau du peuple atacameño, qui se désigne lui-même sous le nom de lickanantay. Promenade entre adobe, pierre gravée et mémoire vivante.

Une oasis plutôt qu’un décor

Le désert d’Atacama a la réputation d’être l’un des lieux les plus arides de la planète. Pourtant, à San Pedro, l’eau descendue des Andes par les ríos San Pedro et Vilama a permis, depuis très longtemps, une agriculture d’oasis : des parcelles irriguées, des caroubiers (algarrobos) et des chañares, un réseau de canaux entretenu collectivement. C’est cette maîtrise patiente de l’eau, bien plus que les paysages lunaires alentour, qui explique la densité historique du lieu.

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Le village lui-même a gardé une échelle modeste : rues de terre, murs d’adobe, toits bas. Les ayllus, ces communautés agricoles disséminées autour du bourg, rappellent une organisation sociale andine ancienne, que l’on retrouve aussi dans les villages voisins comme Toconao, Socaire ou Peine.

Les traces d’un très long peuplement

Tulor, le village sorti du sable

À quelques kilomètres du centre, l’aldea de Tulor est l’un des sites les plus émouvants de la région. Ce village de maisons circulaires en terre, imbriquées les unes dans les autres, remonte aux derniers siècles avant notre ère ; les datations proposées varient selon les sources. Longtemps enseveli sous les dunes, il fut repéré au milieu du XXe siècle par le jésuite et archéologue Gustavo Le Paige. Le site est aujourd’hui géré par la communauté locale, avec des passerelles et des reconstitutions d’habitations qui aident à imaginer la vie quotidienne de ces premiers agriculteurs et éleveurs de lamas.

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Le pukará de Quitor

Accroché à une colline au nord du village, le pukará de Quitor est une forteresse de pierre étagée, généralement datée du XIIe siècle, à une époque où l’influence de Tiwanaku s’était estompée et où les pouvoirs locaux se disputaient le contrôle du territoire. Le site est aussi associé à la résistance face aux conquérants espagnols au XVIe siècle. Monter jusqu’à son sommet, c’est embrasser d’un regard l’oasis, la cordillère de Domeyko et les volcans qui ferment l’horizon.

Pétroglyphes et géoglyphes : lire la pierre

Le désert d’Atacama est un immense livre d’images gravées ou composées sur le sol. Il faut cependant distinguer deux familles. Autour de San Pedro, ce sont surtout des pétroglyphes, figures piquetées dans la roche. Le site de Yerbas Buenas, à environ une heure de route au nord, en concentre un ensemble remarquable : camélidés, silhouettes humaines, animaux du désert, motifs géométriques, réalisés sur plusieurs millénaires.

Les grands géoglyphes, figures monumentales tracées à flanc de colline en disposant ou en retirant des pierres, se trouvent plus au nord, dans la région de Tarapacá. Les plus célèbres sont ceux des Cerros Pintados, dans la Pampa del Tamarugal, et le Géant d’Atacama, sur le cerro Unita. Ils sont souvent interprétés comme des repères ou des messages liés aux routes caravanières qui reliaient la côte, les oasis et l’altiplano. Le voyageur qui remonte vers Iquique peut les inclure dans son itinéraire ; depuis San Pedro, ce sont bien des pétroglyphes qu’on ira voir.

Une règle simple pour tous ces sites : ne jamais toucher, mouiller ou décalquer les gravures, et rester sur les sentiers balisés. Ces images ont traversé des siècles de soleil et de vent ; une seule main peut suffire à les abîmer.

L’église, le musée et la mémoire atacameña

Sur la place, l’église de San Pedro est l’un des monuments les plus photographiés du nord chilien. Ses murs d’adobe blanchis et son clocher séparé datent pour l’essentiel du XVIIIe siècle, même si l’origine du lieu de culte est plus ancienne. Sa charpente intérieure est faite en bois de cardón, le grand cactus de la région, assemblée avec des lanières de cuir et recouverte de terre et de paille. Elle a été déclarée monument historique en 1951 et a fait l’objet d’importantes restaurations au cours des dernières décennies.

Le nom de Gustavo Le Paige reste attaché à San Pedro par l’institut et le musée archéologique qui portent son nom, rattachés à l’Université catholique du Nord. Le Paige y a rassemblé une collection considérable, issue des fouilles dans les cimetières et sites de la région. L’ancien bâtiment du musée est fermé depuis plusieurs années, et le projet d’un nouvel édifice a connu de longs retards ; une partie des collections reste visible dans un espace provisoire. Mieux vaut se renseigner auprès de l’université avant de prévoir sa visite.

La question de ces collections, qui comprennent des restes humains, fait l’objet de débats légitimes au sein des communautés atacameñas sur la manière de montrer, ou de ne pas montrer, les ancêtres.

Une culture vivante, pas un folklore

Les Lickanantay ne sont pas un peuple du passé. Ils sont reconnus comme peuple indigène par l’État chilien et jouent un rôle actif dans la gestion de plusieurs sites, notamment au sein de la Réserve nationale Los Flamencos, administrée par la CONAF, où des secteurs comme Soncor font l’objet d’une coadministration avec des communautés locales. Une partie des entrées que paient les visiteurs dans les sites communautaires finance ainsi directement l’entretien et la vie des villages.

La langue ancestrale, le kunza, n’est plus parlée couramment, mais elle survit dans les toponymes de la région et dans certains chants rituels, en particulier lors du nettoyage des canaux d’irrigation, une cérémonie collective qui rappelle à quel point l’eau structure encore la vie sociale. Le calendrier est aussi rythmé par des fêtes religieuses, dont celle de saint Pierre et saint Paul, le 29 juin, où se mêlent danses, processions et héritages andins.

Côté artisanat, on trouve en ville et dans les villages des textiles en laine de lama et d’alpaga, des objets en bois de cardón et des céramiques. Acheter directement aux artisans, quand c’est possible, reste la meilleure façon de soutenir ce savoir-faire.

Bien préparer son séjour

San Pedro est le point de départ de sorties devenues classiques : la vallée de la Lune et ses formations de sel et d’argile, la lagune Chaxa et ses flamants, les lagunes altiplaniques de Miscanti et Miñiques, les geysers du Tatio au petit matin. L’altitude impose quelques précautions : prendre le temps de s’acclimater avant de monter au-dessus de 4 000 mètres, boire beaucoup d’eau, se protéger d’un soleil très intense et prévoir des vêtements chauds, car les nuits sont froides toute l’année.

Les conditions d’accès, les tarifs et les horaires des sites évoluent souvent et dépendent parfois des communautés qui les gèrent : renseignez-vous auprès de l’office de tourisme local, de la CONAF ou des sites officiels avant de partir. Surtout, prenez le temps de rester quelques jours. San Pedro se révèle à ceux qui marchent dans ses ayllus en fin d’après-midi, quand la lumière rasante fait rougir l’adobe et que le désert, soudain, paraît habité.

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